samedi 31 octobre 2015

Ces lobbys qui pourrissent la santé




 Union européenne
"Intoxication" : comment les lobbys ont eu le dernier mot 
(au détriment de notre santé)



Une enquête de la journaliste Stéphane Horel dénonce l’action des lobbys  pour empêcher toute réglementation de substances pourtant dangereuses : les perturbateurs endocriniens.

 Extraits

"Leur effet, celui de détraquer notre système hormonal ("endocrinien" est un synonyme d’"hormonal"), pose une vraie question de santé publique. Car les perturbateurs sont accusés de contribuer, entre autres, à l’augmentation de certains cancers, aux troubles de la reproduction, à la perte de points de quotient intellectuel, à des problèmes de comportement chez les enfants (trouble de l’attention, hyperactivité et même autisme), à l’explosion  de l’obésité, du diabète de type 2..."


Mondanités et présentations Powerpoint ont remplacé la discussion de fond. Leur objectif : façonner l’opinion – des décideurs, car il n’y a, ici, pas de "public" – en pratiquant le blanchiment d’idées. Ici, "quelque chose qui est répété dix fois devient la vérité, quand bien même les faits démontrent le contraire""

un article du Nouvel Obs


"Intoxication", Stéphane Horel, La Découverte, 304 p., 18 euros. (Capture d'écran)"Intoxication", Stéphane Horel, La Découverte, 304 p., 18 euros. (Capture d'écran)




    C’est un mal qui court dans nos veines et pourtant l’Union européenne n’est pas pressée d’en limiter les dégâts. Ce mal a un nom compliqué : les perturbateurs endocriniens.
     Ce petit millier de substances chimiques (diéthylthiophosphates, pentachlorophénols, hexachlorocyclohexanes…) est partout dans nos vies : les plastiques, les résidus de pesticides sur les fruits et légumes, les cosmétiques… Et nous est toujours pratiquement inconnu, malgré les campagnes d’alerte de quelques ONG et les travaux scientifiques qui en explorent les méfaits depuis 20 ans. Le Distilbène de sinistre mémoire ? Perturbateur. Le bisphénol A ? Perturbateur.
   Leur effet, celui de détraquer notre système hormonal ("endocrinien" est un synonyme d’"hormonal"), pose une vraie question de santé publique. Car les perturbateurs sont accusés de contribuer, entre autres, à l’augmentation de certains cancers, aux troubles de la reproduction, à la perte de points de quotient intellectuel, à des problèmes de comportement chez les enfants (trouble de l’attention, hyperactivité et même autisme), à l’explosion  de l’obésité, du diabète de type 2...
   Face à ce fléau qui alerte jusqu’aux experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), que fait la Commission de Bruxelles ? Eh bien, jusqu'ici, elle prend son temps et cède aux lobbying féroce des industries et des fabricants de pesticides agricoles.  
     C’est en tout cas ce que dénonce une enquête minutieuse de la journaliste indépendante Stéphane Horel, déjà auteure d’un excellent documentaire "Endoc(t)rinement", sur le sujet. Son livre, "Intoxication", qui paraît ce jeudi 8 octobre (La Découverte, 304 p., 18 euros) démonte la mécanique infernale des lobbys qui savent menacer, financer et faire rimer "Bruxelles" et "industriels". Voici quelques extraits de son ouvrage.

Quand l’industrie fait la loi (p. 31)
     Pourquoi diable faire intervenir des personnes de l’extérieur, a fortiori du monde des affaires, pour contribuer à l’élaboration des lois ? Organiser des auditions pour les entendre est une chose. Leur demander de participer activement en est une autre. Et puis à quoi bon embaucher un personnel surdiplômé si ses compétences ne sont pas exploitées? "La Commission et les institutions de l’Union européenne en général souffrent d’un problème peu connu, mais très important : un vrai déficit d’expertise interne et de moyens", constate Martin Pigeon [chercheur et militant au Corporate Europe Observatory]. Parce que l’expertise manque à l’intérieur, elle est donc recherchée hors les murs. Une externalisation de la compétence que la Commission considère légitime, et même revendique. Avec un sens un peu saugrenu de la convivialité, elle appelle cela le "dialogue avec les parties prenantes" (stakeholders).
     Ainsi, la plupart des chantiers législatifs européens impliquent dès le départ des acteurs privés – que ce soient les lobbies industriels ou des organisations qui représentent la société civile. Mais pour quel résultat, si la majorité des experts représentent des intérêts commerciaux ? "La personne à qui vous allez poser la question détermine en grande partie la réponse", décrypte Martin Pigeon. "Si vous demandez à l’industrie chimique ce qu’elle pense d’une réglementation, vous n’allez pas obtenir la même réponse que si vous demandez à un médecin, un universitaire ou un économiste qui n’aurait pas de liens d’intérêt avec l’industrie – ce qui est assez rare, malheureusement."
Or ce "dialogue avec les parties prenantes" qui remplace le débat démocratique à Bruxelles correspond en tous points à une stratégie d’influence. Écrire la loi (ou la détricoter), n’est-ce pas la raison d’être du lobbying ? (…)
     Sous ses airs de théorie du complot, cette stratégie revendiquée de "capture du régulateur" est une réalité quotidienne. Elle repose avant tout sur une infiltration réfléchie des lieux d’expertise et de pouvoir. Rien de plus facile quand les sujets sont techniques ou scientifiques. Dépourvus d’expertise interne, les pouvoirs publics dépendent du savoir spécifique détenu par un petit cercle de "sachants". Parmi eux figurent bien sûr les industriels, alors invités à fournir des informations qu’ils sélectionnent d’autant plus soigneusement qu’elles servent à concevoir des réglementations auxquelles ils devront ensuite se plier. Autant dire : un carton d’invitation pour des effets pervers.

Décrédibiliser les scientifiques : un métier (p. 67)
      Parce qu’elle n’a pas réussi à se débarrasser du scientifique, l’industrie déplace son attaque sur la science elle-même. Sur le rapport Kortenkamp [rapport du toxicologue Andreas Kortenkamp, publié en 2012 et qui fait le bilan des pathologies imputables aux perturbateurs] tout particulièrement. Peu de temps avant la conférence de la DG Environnement [l’une des directions générales de la Commission de Bruxelles], le 26 mai 2012, une revue scientifique a publié une "critique" du rapport.
      Les auteurs se plaignent de son approche "anecdotique" qui ne permet pas d’offrir une "analyse équilibrée" de la littérature scientifique sur les perturbateurs endocriniens. "Nous en appelons à des études supplémentaires, fondées sur les données, pour développer les bases scientifiques nécessaires aux futures décisions politiques", concluent-ils. Certes, la critique et le débat sont consubstantiels à la science. (…) Mais certains débats n’en ont que l’apparence (…)
     La "critique", en effet, ne remet pas en question les données scientifiques sur les perturbateurs endocriniens à proprement parler. Si les reproches sont nombreux, ils sont principalement d’ordre méthodologique. Les auteurs chicanent sur des omissions de référence, des choix de vocabulaire, ergotent sur des détails. (…)
    Comme c’est désormais la règle dans toute revue scientifique, [les auteurs de cette "critique"] déclarent leurs conflits d’intérêts dans une section à part. Warren Foster, de l’université McMaster (Canada), offre régulièrement ses services de consultant à American Chemistry Council, la puissante organisation de lobbying de l’industrie chimique américaine. Glen Van Der Kraak, de l’université de Guelph (Canada), est consultant pour les industriels de la chimie et des pesticides Syngentaet BASF. Christopher Borgert possède sa propre société de consultants (…) qui travaille principalement pour l’industrie (…)
     Le destin de ce genre de matière scientifique, c’est de servir de pièce jointe dans un email envoyé à un décideur public. Le trouble que jettent simultanément la "critique" (…) sur le rapport Kortenkamp est avant tout utilitaire. Il s’agit pour ces consultants de saper les bases scientifiques de la réglementation, de susciter le doute sur la qualité du travail effectué, sa pertinence. De laisser les traces d’une insatisfaction dans la littérature scientifique et dans l’esprit des régulateurs. Ces consultants scientifiques facturés à l’heure n’improvisent pas, ils suivent un script. Cet usage de la science comme d’un instrument d’influence est une stratégie parfaitement rodée. 



Les lobbys contre-attaquent (p. 179) 

      Depuis le début de l’année 2013, une multitude de manifestations mettent en scène les questions des perturbateurs endocriniens, du risque et, plus largement, du principe de précaution. "On peut vraiment citer 2013 comme l’année de la bataille contre le principe de précaution", constate Axel Singhofen, le conseiller des Verts au Parlement. (…). Codirecteur du rapport et ancien conseiller de l’agence, David Gee parle lui aussi et sans hésitation d’"attaque très concertée".

       Workshops, lunch-debates, lunchtime discussions, ou plus sobrement "conférences" : difficile de dire combien d’events de ce genre ont lieu chaque semaine à Bruxelles. Et on ne parle même pas de ceux qui ont lieu au Parlement européen. "Je pourrais passer mes journées à aller de l’un à l’autre", soupire un fonctionnaire de la Commission, constamment assailli d’invitations. Les associations professionnelles et surtout les think tanks (laboratoires d’idées) financés par les grandes firmes organisent la plupart d’entre eux, souvent par l’intermédiaire de cabinets de lobbying et de relations publiques. Leur fonction dans l’écosystème bruxellois : organiser la proximité, créer des opportunités d’influence au quotidien (…)
       Impossible de s’y tromper : ces "événements" sont tous calqués sur l’agenda législatif, réglementaire, parlementaire. En guise de débat démocratique, l’Union européenne se satisfait de ces pince-fesses sponsorisés. Mondanités et présentations Powerpoint ont remplacé la discussion de fond. Leur objectif : façonner l’opinion – des décideurs, car il n’y a, ici, pas de "public" – en pratiquant le blanchiment d’idées. Ici, "quelque chose qui est répété dix fois devient la vérité, quand bien même les faits démontrent le contraire", raconte le fonctionnaire, qui préfère rester anonyme. Surtout quand ils sont enveloppés dans un vocabulaire emprunté (sans son consentement) au monde universitaire. D’où les guillemets autour du mot "conférence".
       Tous ces raouts sont également de hauts lieux du networking (réseautage), du pied dans la porte : ce sont les préliminaires du lobbying. Il est plus cruel de refuser un rendez-vous à l’homme dont on a serré la main plutôt qu’à une signature automatique en bas d’un message électronique. La monnaie d’échange : cette carte de visite où le chef d’unité de la Commission ou l’eurodéputé de passage, cajolé comme une pop star éreintée par sa tournée, ajoute à la main son numéro de "GSM" – le téléphone portable dans le dialecte régional.

Arnaud Gonzague


Lire les propositions de Libérons La Monnaie



jeudi 3 septembre 2015

Un ancien résistant au ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique

Un ancien résistant
 au ministre de l'économie
de l'industrie et du numérique

Ernest Barreau, deuxième à partir de la gauche


         Résistant les armes à la main, non seulement à l'occupation de la France par l'Allemagne, mais aussi au nazisme, Ernest Barreau, depuis cette époque lutte pour le dépassement du capitalisme dont le stade suprême est le totalitarisme. 

        Conscient que les dirigeants des grands pays capitalistes mènent le monde à la catastrophe finale, conscient que dans la guerre des grands patrons entre eux pour accéder à la plus grande fortune mondiale, le progrès technologue ne sert prioritairement que l'intérêt supérieur, celui de l'enrichissement d'une minorité par l'appauvrissement du plus grand nombre.

Militant pour une économie distributive, au sein du collectif  "Libérons La Monnaie", Ernest Barreau, dans une lettre ouverte, s'adresse  à Emmanuel Macron ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique.





"Suite à votre visite effectuée à l'usine Daher, le 19-5-2015, vous constatez et louez la robotisation de la dite usine, puis vous déclarez, les robots ne tuent pas les emplois  !

Que penser de cette déclaration lorsque la courbe du chômage ne cesse de grimper ? Que penser de ce paradoxe se résumant dans la formule suivante :

 à l'ère de la révolution techno-numérique, le chômage croît en même temps que les productivités, tandis que la production augmente, n'est ce pas suffisamment clair ?

Partant de ce postulat, il est aisé de démontrer que si les robots ne tuent pas les emplois quand ils sont rentables), ils suppriment ceux qui ne le sont pas.

Emplois disparaissant à l'échelle de productivités de plus en plus performantes : les robots créent moins d'emplois en amont qu'ils n'en suppriment en aval !

Telle est l'explication rationnelle de la genèse et de l'exponentialité du chômage résumées dans la formule sus-décrite, la rentabilité financière mise en cause !

 Au cas où ces explications seraient erronées (cqfd) ne pas hésiter à le faire savoir, par suite je rectifierai en connaissance de cause . Le chômage de masse n'est pas une fatalité, mais la conséquence d'un refus de changement de système économique.

La révolution techno-numérique catapulte le monde vers l'ère de l'usine sans ouvriers, des  bureau sans humains, des ports sans dockers, etc...

Autrement dit , cette fantastique et fulgurante révolution renvoie aux calendes grecques, tabous, préjugés, croyances fausses,  d'où la nécessité de sortir des sentiers battus, car il y a un hic :

 ces esclaves mécaniques ne consomment pas la production pour laquelle ils ont été programmés. Qui consommera une production à vocation socialement utile si l'on ne distribue pas un revenu social d'existence (revenu dissocié de l'emploi ) à la masse de consommateurs (trices) désolvabilisés, dont le pouvoir d'achat se perd sur l'autel du profit financier, l'empêcheur de tourner en rond ?

A l'ère des robots, enfants de la cybernétique, nous sommes tous   usufruitiers  des fruits de la science, des ses découvertes et de ses inventions . C'est pourquoi, lorsque les machines (d'autant plus automatisées) remplacent des quantités de travailleurs (euses) manuels ainsi que les  cols blancs, la dissociation du couple emploi-salaire ressort d'une évidence mathématique et sociale !
De ce constat découle l'exigence d'un, revenu social d'existence remplaçant le salaire et dissocié de l'emploi, libéré d'un carcan financier aberrant et inhumain.
 Un revenu  :

-basé sur une production de biens indispensables et socialement utiles,

-distribué à chaque individu de la naissance à la mort, sous forme de monnaie de consommation (monnaie consomptible dès le service effectué), véritable sécurité sociale à 100 % .

Le revenu social d'existence pré-inscrit dans la charte universelle des Nations- Unies, permettrait  de vivre décemment et de faire face aux aléas de la vie en toute circonstance . Refusant  l'arnaque financière internationale, il appartient au peuple de reprendre la maîtrise de la création monétaire (ex-droit régalien) assurant la formation du revenu sus-décrit, de ce fait on assisterait à la transformation d'une monnaie dévoyée, en simple élément comptable, au service de la  trilogie, production, distribution, consommation.

A l'ère des robots, l'humain doit vivre d'une production socialement et utilement programmée sur le travail d'esclaves mécaniques et/ou informatisés, et non en devenir l'esclave. 
Nous sommes à l'ère de la grande relève des travailleurs par la  technologie, de par une science consciente et responsable, à la seule condition de nous libérer de la dictature du fric !

Post- capitaliste, l'économie distributive dont Jacques Duboin fut le grand initiateur,  répond à ces critères, permettant la prise en compte des capacités matérielles volumétriquement limitées au potentiel de notre planète, dans  le respect de son écosystème dont toute vie est tributaire.

Suite à ces analyses rationnelles, injecter des sommes virtuelles (création ex-nihilo) empruntées à des marchands de chiffres (banques et organismes privés) dans le but d'accélérer les capacités productives des robots, ne changera rien au processus décrit .

A travers le jeu de massacre de la concurrence, la compétitivité à laquelle se livre la main invisible des marchés (dixit Hollande), l'antagonisme  profit/social ne fera que perdurer, ainsi que la crise endémique du chômage. La monnaie casino et organismes similaires n'ont jamais été des œuvres philanthropiques!

Le rapport du flux monétaire mafieux à celui du flux monétaire  socialement utile », représente deux flux dont les courbes respectives  ne cessent de s'écarter, tout en  plombant l'économie réelle ce qui fait que  le social passe à la trappe en premier lieu ! 
        Conclusion


Par son gigantisme, le capitalisme a posé les jalons d'un socialisme authentique, permettant :

-l' instauration d'un revenu social d'existence pour que cesse la criminelle misère dans l'abondance de biens indispensables à la vie, et que les rejetés de cette société dominée par l'argent-dette, retrouvent leur dignité de citoyens,

-la transformation du chômage par le partage des tâches non réalisées par les robots, libérant ainsi de formidables quantités de temps dans les secteurs où il y en a tant besoin santé, vieillesse, agriculture bio, etc….

Ainsi, ces mesures permettront de travailler moins et de travailler tous, conséquence logique et heureuse du progrès technique remplaçant toujours plus l'être humain avec pour conséquence, d'arrêter le scandale de surcharge de travail pour les uns, au point de se suicider, pendant que  d'autres dépriment de ne pas pouvoir s'investir pour l'intérêt général !

Nous aurons le temps de nous occuper  des enfants, des anciens…et d'accéder à des loisirs culturellement enrichissants.

Ce socialisme authentique étendu à nos pays dits développés, conduirait à l'arrêt du scandaleux gaspillage productiviste (par exemple , l'obsolescence programmée des biens) ravageant la terre et les pays pauvres, et permettrait d'aider leurs habitants à travailler et à vivre chez eux, pour qu'ils n'aient plus à émigrer et à subir la violence extrême actuelle qui  se développe sur le terreau de la misère.

Tout cela permettra, enfin, de transformer un monde antagonique et suicidaire en un monde convivial plus fraternel d'où l'interrogation:qu'attend un gouvernement élu sous l'étiquette socialiste,  pour tout mettre en œuvre afin qu'un socialisme distributif  devienne effectif ?  That is the question !

Toutes les composantes de la révolution techno-numérique sont réunies pour mettre   en adéquation la société avec les choses de notre temps.

Tel est  la démonstration que je tenais à vous présenter, à vous ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, avec l'espoir que vous y prêtiez attention .

Dans l'attente d'une réponse, veuillez agréer l'expression de mes sentiments humanistes et républicains."



Ernest Barreau







vendredi 28 août 2015

Entre enseignants et ouvriers échanger est impossible



Entre enseignants et ouvriers
échanger est impossible
par Alain Vidal




L’ouvrier produit des biens matériels périssables, l’enseignant, des biens immatériels non périssables.
       Dans l’industrie, l’agriculture et l’artisanat, la production de biens matériels relève du champ de l’économie, les ressources matérielles de la planète étant par nature finies. L’économie, c’est la gestion des ressources périssables, de ces ressources qui s’épuisent et qui finissent par disparaître à force d’utilisation.

       Economiser relève de la sphère de l’économie qui par définition est la gestion de la rareté.

     Si une certaine quantité de planches est nécessaire pour construire un meuble, la production d’un autre meuble exigera l’utilisation d’une nouvelle quantité de planches.

      A l’inverse, économiser serait absurde dans la production des biens immatériels, c’est-à-dire dans le secteur tertiaire, celui des services. L’économie n’y a pas sa place, pour preuve, les connaissances, (savoirs, savoir-faire…) nécessaires à la construction d’un cours d’histoire peuvent être utilisées simultanément par un nombre illimité de d’enseignants. Par nature, les connaissances existantes sont inépuisables, non périssables. En outre, un même cours, une fois élaboré, peut être transmis à un nombre illimité d’auditeurs ou de lecteurs.

        Autant, les biens matériels s’usent dans leur utilisation, autant les biens immatériels, non seulement ne s’usent pas, mais produisent en circulant toujours plus de nouvelles richesses immatérielles. D’un côté, les ressources finies de la planète, de l’autre, les ressources infinies du cerveau.

      Une plaidoirie d’avocat, un diagnostic médical, un acte notarial, une invention, un réglage technique, la conception d'un projet par un ingénieur, un mode d’emploi, un plan, une recette de cuisine, un savoir-faire, une création monétaire, un crédit bancaire…ne relèvent en tant que tels d’aucun prélèvement de matières premières.

       Il s’agit d’un travail de production purement cérébrale relevant du seul champ de l’anti-économie.

      Quant à la monnaie, elle n’est que chiffres et lettres, une symbolique immatérielle créée ex-nihilo par le seul esprit humain, un instrument de mesure pour valeurs marchandes. Contrairement à une idée plus que reçue, la création monétaire ne relève que du secteur tertiaire. Dire que la monnaie a une valeur marchande (une valeur d’échange), cela revient à confondre la mesure qu’indique la balance et la quantité de pommes de terre pesée…

        Ce préalable effectué, la démonstration va être faite qu’une économie de  marché ne peut concerner que des biens matériels. Les biens immatériels sont inéchangeables car  chacun peut les utiliser immodérément sans que personne n’en soit privé.

        La démonstration sera faite que, sur le marché, un ouvrier ne peut échanger les fruits de son travail (directement ou par monnaie interposée) ni avec le travail d’un enseignant, ni avec celui d’une quelconque activité du tertiaire.

Une marchandise c’est un produit dont la production demande une destruction préalable. C’est le temps socialement nécessaire à la destruction-transformation qui fonde la valeur marchande de la production achevée.
         Un  temps socialement nécessaire  qui varie en fonction de la concurrence, par exemple, ce sera le temps qui mesure la destruction de la farine et autres ingrédients nécessaires à la fabrication du pain...Le concept de valeurs marchandes est ainsi intimement associé à celui de temps de production.
         Comment,  dans ces conditions, mesurer un temps de destruction qui par nature n’existe pas puisque dans la production d’un bien immatériel, un cours, un roman, une plaidoirie, un diagnostic, l’ouverture d’un crédit bancaire…on ne constate aucune destruction préalable des « matériaux » immatériels utilisés ?
          Comment, dans ces conditions parler d’un marché de la connaissance ?
         L’alphabet indispensable à l’écriture de la langue et cependant utilisé un nombre incalculable de fois,  ne s’est jamais trouvé en rupture de stock depuis son invention bien avant Jésus-Christ,!
        Même chose pour le théorème de Pythagore qui n’a pas pris une ride malgré son utilisation immodérée depuis 2500 ans, par contre le lait de brebis qu’a bu le mathématicien de Samos pour fêter son invention, n’a servi qu’une seule et unique fois, et pour cause !
        Aucun objet matériel ne se produit sans destruction.


Mais comment se fait-il que l’enseignant, le chauffeur routier, le médecin, l’infirmière, l’architecte, le banquier…qui ne produisent aucune marchandise, disposent de revenus avec lesquels ils achèteront de vraies marchandises, du vin, des chaussures, une voiture, des épingles à linge ?

       En réalité, les revenus des métiers du tertiaire (les services) viennent, directement  ou indirectement, de prélèvements effectués sur la vente de ces productions matérielles que sont  les marchandises.

        C’est ainsi qu’à la source de tout revenu, on trouve le travail de l’ouvrier.De l’allocation chômage jusqu’au revenu vertigineux d’un grand patron, en passant par un smic ou le salaire d’un cadre supérieur, les subventions aux associations ou la rémunération d’un médecin.

         De dire que les services produisent des marchandises et participent  à la croissance du PIB n’est qu’interprétation erronée de la réalité, un vulgaire tour de passe-passe, quand on sait que les soi-disant « salaires et profits » des services dits marchands proviennent des seules activités des secteurs primaire et secondaire.



Ce constat ne signifie pas que les services ne jouent aucun rôle dans  la production des marchandises, pas du tout, ils sont tout simplement complémentaires, mais la complémentarité et l’échangeabilité sont incompatibles.

       Si le travail du cœur et celui des reins sont indispensables au fonctionnement de notre corps, il ne viendrait à l’idée de personne d’imaginer qu’on puisse considérer leurs activités comme relevant d’un système d’échange. Fort heureusement, la médecine n’évalue  pas notre santé par un chiffre comme on le fait si grossièrement avec le PIB qui soi-disant mesure la bonne santé ou la mauvaise santé du  corps social d’un pays à l’aide de la seule production de valeurs marchandes.

         Sans la recherche, la médecine, la formation…les technologies ne seraient pas ce qu’elles sont, sauf que, comme j’en ai fait la démonstration, les métiers de service se situant en amont ou en aval de la sphère de l’économie, ne peuvent humainement parlant être comptabilisés car relevant de la seule sphère de l’abondance, par nature incommensurable.

         La rareté mesurable n’est pas échangeable contre l’abondance non mesurable


Ainsi, l’argent créé par les banquiers sur la base des seules marchandises produites irriguera directement ou indirectement le corps social.

         Directement, l'ouvrier par exemple, fabriquant des chaussures paiera à l’aide de son salaire, le médecin, son billet de train, des cours particuliers pour son enfant…

         Indirectement, le médecin, l'employé de la SNCF, le prof, le banquier avec l’argent reçu du travail de l’ouvrier, paieront biens matériels et immatériels dont ils ont besoin d'où l'illusion entretenue d’un échange. L'illusion d'une économie de marché...réduite à 10% seulement de la population « active » !

         Ces trois secteurs totalisent moins de 10% de la population active! En effet, les statistiques de l’INSEE annonçant le pourcentage des travailleurs du primaire et du secondaire comptabilisent non seulement les ouvriers mais aussi le personnel des bureaux, de la recherche, des transports…ce qui donne une image déformée  de la réalité.

          Il en résulte que 90 % des activités privées et publiques se situent par la force des choses hors du marché, hors de toute préoccupation d’ordre économique.





 Valeurs  marchandes produites par 10% de la population active, les ouvriers.


           Une autre catégorie de monnaie est créée sous forme de crédit en tant que  promesses sur des valeurs marchandes à venir…et qui souvent ne viennent pas ! D’où la crise, une crise qui se traduit par un accroissement des taxes et des impôts et par la réduction drastique du service dit public, ainsi les spéculateurs sont indemnisés pour le butin qu’ils n’ont pas obtenu par la voie habituelle.

Un marché contre nature ou l’impossible échange  entre « biens rivaux » et « biens non rivaux ».
Au-delà de la fausse distinction entre services privés qualifiés abusivement de marchands et services publics réellement non marchands on doit on doit par souci de clarté, distinguer deux grandes catégories d’activités
 La première qui relève des  biens rivaux (biens matériels), la deuxième qui relève des biens non rivaux (biens immatériels).
Une classification qui met en lumière le concept de rivalité dont l’émergence délimite la frontière entre l’histoire et la préhistoire, entre la coopération dans la libre circulation des savoirs et savoir-faire, et la compétition dans la confiscation des technologies. Confiscation au nom de la rivalité opposant des concurrents  à la plus grande fortune ne se complaisant que dans l’accumulation sans fin. 
Aujourd’hui, de par les gains de productivité, il en résulte que seuls les rentables trouvent un emploi, ce qui ne fait qu’accroître la foule des chômeurs non rentables …
Depuis 5000 ans, par la contrainte physique puis par le brevet sur  invention, une minorité s’octroie des privilèges dans la domestication de l’homme  par l’homme.
Les valeurs marchandes matérielles produites par les ouvriers (salariés, esclaves), et par de petits propriétaires (dits indépendants, mais fortement imposés), étant redistribuées aux travailleurs des services en fonction du seul intérêt qu’y trouvent les dominants. Une minorité parmi ceux-là échappe aux conditions de vie du plus grand nombre,  tel l’esclave  vivant dans le luxe en tant que conseiller du prince ou, aujourd’hui, le pdg salarié, grand serviteur d’actionnaires.
Ainsi, les inventions qui pendant si longtemps avaient réduit considérablement le labeur des hommes, deviennent aujourd’hui, entre les mains d’une poignée d’addicts à la surpuissance, des armes de destruction massive de l’humain et de son environnement.
Un droit de propriété permet  au seul possesseur de la pomme de la manger, mais comment prétendre être propriétaire d’une idée quand tout un chacun peut l’utiliser sans que personne ne soit exclu de son utilisation ? Le terme de propriété intellectuelle n’est pas conforme, en réalité, nous avons affaire à un droit négatif qui interdit à des tiers d’utiliser une invention sans l’autorisation de l’inventeur.
Les capitalistes en déclarant  rivaux des biens non rivaux, entretiennent la guerre de tous contre tous par des péages autorisant ou non l’accès aux biens immatériels
Au fronton de nos aspirations, il faut exiger l’inscription des biens non rivaux au patrimoine de l’humanité, condition première de la construction d’une démocratie authentique.
La confiscation des biens non rivaux faisant artificiellement de ces derniers des objets de rivalité, nous enferme dans une logique infernale qui nous fait socialement régresser dans une abondance technologique réelle mais dont l’accès ne nous est autorisé que par un chantage permanent au droit de vivre.
Par la confiscation du patrimoine immatériel de l’humanité, le grand patronat recrée artificiellement une pénurie de technologies afin de nous faire croire à la nécessité de travailler toute une vie pour satisfaire nos besoins fondamentaux.
Dans la libre circulation des inventions, et pour un niveau de vie incomparable, nous n’aurions à travailler qu’un très faible pourcentage du temps qui nous est imposé aujourd’hui.
Quel paradoxe d'exiger que les revenus des services (médecin, conducteur de train, enseignant, livreur, artiste, chercheur, infirmière, banquier...) dépendent d’une mesure alignée sur un temps de production de biens matériels, quand on sait que ce temps ne cesse de décroître sous l'effet du progrès technologique et des gains de productivité.
Le marché capitaliste n’existe que dans la gestion de la rareté, l'abondance technologique si elle était enfin reconnue d’intérêt général représente le pire des cauchemars pour le grand patronat, et pour cause, dans la satisfaction des besoins de bien commun (nourriture, éducation, santé, logement..) la rivalité entre grands patrons deviendrait impossible.
Dans une société de prospérité où le progrès technologique irait de pair avec le progrès social, qui serait assez fou d’aller perdre son temps dans la fabrication  de montres de grand luxe demandant des centaines d’heures ou dans la production de yachts exigeant des millions d’heures de travail humain, quand on sait que toute heure gaspillée pour le marché du luxe est une heure de perdue pour l’intérêt général, pour la construction dans le beau, l’utile et l’agréable, d’écoles, d’hôpitaux, de logements
Avec le capitalisme on en arrive à une contradiction insurmontable : 
pour accéder à des services qui participent à la diminution inexorable du temps de production des marchandises, on nous taxe avec une monnaie alignée sur ce même temps qui lui, ne cesse de disparaître !!! 
En s’obstinant à faire une richesse de la production marchande le capitalisme nous fait vivre en dessous de nos moyens.
Du jour au lendemain, si les biens non rivaux étaient enfin reconnus pour ce qu’ils sont, nous pourrions enfin passer d’une société de l’échange à  une société de partage, dans laquelle, les activités des uns et des autres enfin reconnues comme complémentaires et non échangeables, nos activités ne contrediraient plus l’intérêt général mais relèveraient  du droit de tous à la vie.
Dans la libre circulation des richesses immatérielles, l’échange devient obsolète ainsi que tous les prélèvements (taxes, impôts…) et cède naturellement  la place au partage des richesses matérielles entre tous, avec un revenu d’existence de la naissance  la mort. Un revenu d’existence parce que nous sommes tous les héritiers d’un  patrimoine cérébral que  nos ancêtres lointains nous ont légués gratuitement .
Le niveau de vie ferait un bond extraordinaire dans le respect de l’humain et de son environnement.
Si, dès l’aube de l’humanité, ce droit inique de propriété intellectuelle avait été la règle, la circulation des savoirs et savoir-faire aurait  à un tel point été ralentie que nous n’en serions peut être pas même à l’invention  du feu. 
N’oublions jamais que, sans la liberté d’accès aux biens non rivaux, jamais un cerveau si proche de celui d’un singe, aurait pu évoluer pour devenir celui par lequel l’humain s’accomplit, celui de l’homo sapiens, celui de la mémoire, de l’anticipation, celui du monde des idées, celui de la création artistique, de Lascaux au Tassili, celui de ces œuvres qui n’ont pas de prix car jaillies d’une vie d’avant l’invention chronophage du  profit.
D’avant l’invention la plus sinistre qui soit, la domestication de l’homme par l’homme, pour que fonctionne un marché très particulier, un marché privatif, celui du luxe, celui où,  bien au delà des besoins vitaux, l’on se vautre dans la consommation excessive.
 Une consommation qui donne l’illusion d’un pouvoir quasi divin par le contrôle de la  dépense du temps des gens, par le développement de l’enrichissement par l’appauvrissement.
C’est l’avidité contre l’altérité, c’est le luxe qui luxe le corps social, l’écartèle, le démembre.
Le luxe, cette esthétique de la domination.
Le luxe, signe de l’honorabilité, du prestige, de la distinction par  l’humiliation, humiliation des déshérités de la Terre par l’héritage confisqué.
Cet héritage, patrimoine de savoirs patiemment accumulés depuis la nuit des temps, constitue  une  mémoire commune, un cerveau universel.
Pour le somptuaire dont la fonction est d’intimider les peuples, combien de sociétés solidaires anéanties, combien d’humains, transformés en esclaves pour la construction de palais antiques, transformés en ouvriers miséreux pour l’érection du  château d’un roi qui se prenait pour le soleil, sans oublier les vagues de migrants édifiant des résidences hollywoodiennes.
Construit dans la coopération, l’humain se détruit dans la domestication
Alain Vidal